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10/10/2018

Vivre dans un pays dont on ne parle pas la langue - La Corée du Sud

Habiter dans un pays sans parler la langue. Voilà, je vous ai fait peur ?
Finalement, plus de peur que de mal dans le cas de la Corée du Sud. Je ne parle cependant que de mon expérience personnelle, peut être y a t-il des gens pour qui cela à poser plus de problèmes. Evidemment c'est toujours plus confortable de pouvoir communiquer sans entrave. Mais est-ce que ça pimenterait pas un peu l'aventure ? ^^
Ne pas parler, certes, mais je pouvais déchiffrer le Hangul rapidement après mon arrivée ^^

Le coréen

J'ai déjà parlé de la langue et du système d'écriture, mais ici je voudrais parler du fait de vivre sans (ou peu) avoir recours à la langue. La phonétique n'est pas compliquée pour moi, et pour les francophones beaucoup de sons sont les mêmes ou s'en rapprochent. En tendant un peu l'oreille on peut mémoriser des mots. 
Mais difficile d'utiliser le verbe "parler" quand on utilise 10 mots dont 2 verbes. 

L'anglais

Dans un certain nombre de pays l'anglais, si vous le maitrisez, ne serait-ce que les notions basiques, vous serez sauver et vous éviterez bien des frustrations. Je me répète peut-être un peu, mais cela me semble nécessaire : oubliez l'anglais en Corée du Sud !!! 
Ça sera presque plus frustrant d'essayer de communiquer dans cette langue que de faire sans. 
Okay j'exagère un peu, à Séoul on peut trouver des gens qui parlent anglais, ça existe ^^ mais j'insiste sur le fait de ne pas débarquer et s'attendre à ce que la majorité vous comprenne. Le risque est même d'effrayer les gens ! Ca m'est arrivé quelques fois et j'ai vite changé de technique. 

Le langage universel

Montrer des images, mimer, utiliser ses bras. Alors oui, il faut mettre de côté son ego parfois mais le plus important n'est-il pas de se faire comprendre ? Je suis relativement expressive, que ça soit avec mes mots, avec mon visage ou avec mon corps. Je pense que cela joue en ma faveur ; alors évidemment, il y a quelques limites à ce système ...
Pour des vacances ça va, mais dans la vie quotidienne, avec la fatigue on peut rencontrer quelques moments de frustrations. Il m'est arrivé de persister un petit peu, et d'essayer de me faire comprendre avec plus ou moins de résultats, mais toujours en gardant mon sang froid. C'est vraiment très important ; il m'est arrivé d'être en compagnie d'étrangers plus ou moins sympathiques envers des commerçants qui faisaient de leur mieux ... le malaise était palpable. Parfois il vaut mieux laisser tomber, accepter l'échec de cette fois-ci et réessayer par la suite.  

La technologie à la rescousse 

Sur bien des plans, la technologie nous assiste bien lors de déplacements à l'étranger. Que ça soit sur des forums ou des groupes Facebook pour échanger avec d'autres étrangers sur des besoins du quotidien ou une recherche de petite information. Je suis une adepte de la page Expat women in Korea ; il existe bien un groupe pour les francophones mais malheureusement les échanges n'y sont pas des plus agréables.
Autrement, on peut préparer sa sortie : chercher quelques mots dans le dictionnaire et utiliser Google Image. En tant que prof de langue j'ai ce réflexe d'utiliser des illustrations plutôt que de traduire le vocabulaire ^^
Astuce : Google Traduction est assez mauvais en coréen ... même pour du vocabulaire simple. Prenez garde.

Vivre mais ne pas pouvoir échanger

Techniquement, je pense qu'il est possible de vivre quelque part sans parler la langue des gens qui y évoluent. Je crois que je suis un bon exemple. J'ai passé 10 mois en Corée et je n'ai pas appris la langue, du moins je ne suis pas capable d'avoir une conversation. En dehors du travail, sans prendre en compte la vie sociale, on peut faire de nombreuses choses sans s'adresser à personne. Retirer de l'argent, prendre un ticket de bus, acheter des vêtements, faire les courses ... Aucune de ces actions ne nécessite un échange avec un humain. En Corée, parfois, les machines aussi vous parle cela dit ^^ Et si vraiment un humain venait à venir vous parler, facile de faire comprendre que justement on ne comprend pas. 

C'est donc ça qui manque lorsque l'on vit dans un pays dont on ne parle pas la langue : l'échange, le contact humain, ou juste de savoir ce qu'il se passe autour de nous. Evidemment tout ne passe pas par la langue, mais ça nous coupe d'une grande partie d'interactions. 
Une fois que l'on apprend quelques trucs, que l'on ose les utiliser et que l'on a un retour, c'est vraiment agréable. Ne serait-ce que pour dire "non je n'ai pas besoin d'un sac en plastique" (en vrai en coréen j'ai juste eu besoin de dire un mot pour indiquer ma volonté ahaha) ou indiquer que vous n'avez pas de carte de fidélité. Alors oui je parle de mini échanges, quelque chose d'assez triviale mais c'est clairement parce que je suis limitée dans ce que je peux exprimer. 

Pour toutes les autres choses vous devez pouvoir compter sur quelqu'un. Ce n'est pas forcément gênant, mais à la longue c'est pénible pour soi de devoir demander. Heureusement dans mon domaine j'ai généralement des gens qui maitrisent plusieurs langues autour de moi, mais ce n'est pas une fin en soi d'avoir des petits assistants. Devoir passer par quelqu'un ou se faire accompagner pour aller chez le médecin, à la banque, ... Je fais toujours des efforts pour pouvoir faire les choses moi-même, quitte à demander à l'avance un mot de vocabulaire spécifique.

Story time : Clarisse chez le coiffeur en Corée du Sud

Au printemps j'ai décidé d'aller chez le coiffeur juste à coté de mon boulot. Une petite boutique du quartier qui ne doit pas souvent voir passer d'étrangers vu la tête qu'ils ont fait quand je suis arrivée. Mais bon, les cheveux c'est visuel, je voulais un truc simple tout allait bien jusqu'à un moment on on me pose une question. 
Parce que oui, malgré le fait que j'ai indiqué parler un tout mini peu de coréen, avoir utiliser de l'anglais et fait signe que je ne comprenais pas un truc les gens continuent de s'adresser à vous en coréen. Ça m'intéresse de savoir si dans les autres pays c'est aussi comme ça ^^ 
Un des coiffeur sort son téléphone et Google Trad ne mène à rien. J'ai donc attrapé le mien, appelé ma collègue et tendu le téléphone au gars en question qui a été un peu surpris. Deux trois échanges et je récupère l'appel. On était en train de me demander si je voulais désépaissir mes longueurs. Ah effectivement c'est un mot de vocabulaire que je ne maitrisais pas encore ! 
Malgré les quelques problèmes de communication j'ai passé un moment agréable. Et surtout pas besoin de faire la conversation avec la personne qui s'occupe de moi. 

Ça c'est le genre d'anecdote qui montre que bon finalement c'est pas tellement un problème de pas parler la langue. Mais parfois les gens sont frustrés et vous le font remarquer. Ou parfois vous aimeriez comprendre ce qui vous entoure (j'ai une anecdote avec un vieux bourré dans le métro de Séoul) ... Ça dépend des jours, et finalement il faut bien accepter qu'une langue, même lorsque l'on est très motivé et que l'on a beaucoup de temps à y consacrer, ne s'apprend pas du jour au lendemain. 

La vie sociale dans tout ça ...

C'est pour moi un des principaux inconvénients, même s'il est vrai que ma vie sociale aux Etats-Unis n'était pas des plus dynamiques si je compare mes expériences. Ne pas parler la langue à deux cotés tout aussi négatifs l'un que l'autre.
  • difficile de tisser des liens sans avoir une langue commune. 
  • les gens ne s'intéressent à vous que parce qu'ils y voient un moyen de pratiquer une langue étrangère. J'ai prévu de développer un article sur les relations à l'étranger, et j'ai largement de quoi alimenter ce point précis ...

Les avantages

Il faut dire que j'ai surtout parlé (d'une partie) des inconvénients. Mais y-a-t-il des avantages ? 
  • c'est moins fatiguant : votre cerveau traite moins d'informations, la langue que vous ne maitrisez pas c'est comme un bruit de fond ou une musique d'ambiance (selon l'humeur).
  • vous n'entendez pas les commentaires des gens sur vous : il est possible qu'on parle de moi quand je suis quelque part, c'est aussi bien de ne pas le comprendre, peut être même si les coréens ne sont pas des adeptes du cat-calling et autres attitudes du même style. Mais on apprend rapidement le mot "étranger" et donc dès les premières semaines j'ai pu entendre que l'on parlait de moi, ou certains souhaitant être plus discret on utilisé le terme japonais, que je connaissais aussi ^^
  • si vous aimez les encouragements et être couvert d'éloges, vous y aurez droit dès que vous ferrez un petit effort. (avantages à moyen terme, j'ai ouïe dire qu'à la longue c'est pesant, notamment une fois que vous avez un niveau décent en langue ...)
Pas facile de structurer un article sur un thème si vaste ... j'espère que je ne vous ai pas perdu ^^

4 commentaires:

  1. Ton article est super intéressant et très sincère ! Il est rare, je trouve, de trouver des gens qui osent parler des inconvénients qu'il peut y avoir à vivre dans un pays étrangers ! J'imagine à quel point cela doit être pénible de toujours devoir batailler pour se faire comprendre quand on veut simplement commencer son café un dimanche matin, par exemple ^^ Bon courage en tout cas :)

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    1. Il faut être honnête avec les autres mais aussi avec soi-même ^^ vivre à l'étranger c'est très bien, mais pour s'y sentir bien il faut reconnaitre que certaines situations présentent des difficultés, qu'il faut les accepter et réfléchir à des moyens de contourner les obstacles. De manière générale j'ai assez bien vécu le fait de ne pas parler coréen, et j'ai beaucoup aimé apprendre et utiliser les quelques notions que j'ai. Mais sur du long terme, je n'envisage pas de pas apprendre la langue du pays dans lequel je m'établirai.
      J'annoncerai bientôt sur le blog ma nouvelle destination, et une nouvelle fois je reprends à zéro dans un pays dont je ne connais que 3 mots ahah =)

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  2. Ca dépend peut-être des pays mais moi j'ai trouvé ça très frustrant d'habiter en Allemagne même avec un bon niveau d'allemand... et Ciaran qui ne parlait pas du tout la langue l'a extrêmement mal vécu. Ca dépend aussi des personnalités, certaines personnes restent 15 ans dans un pays sans en apprendre la langue, pour nous ça semble impossible ! Mais j'ai trouvé ça pénible d'être dépendante de locuteurs avérés, de pas pouvoir me débrouiller 100% toute seule pour tout ce qui est administratif et tout (non pas qu'en France je ne demande jamais de l'aide mais c'est à ma maman en général, donc ça va :P).

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    1. La personnalité joue mais je crois que les personnes qui t'entourent aussi. Surement qu'en Allemagne la population s'attend à ce que tout ceux qui y vivent parlent l'allemand, et que du fait du brassage de culture il est difficile de dire qui est étranger et qui est allemand.
      En Corée, ils partent du principe que si tu n'es pas coréen tu ne parles pas la langue. Mais ils s'adressent parfois à toi en coréen, et je trouve ça plus adorable que frustrant vu que c'est histoire d'établir un contact plus que de vraiment communiquer un message. Y'a peu d'attentes et je pense que c'est moins frustrant.
      Pour ce qui est d'être dépendante oui ça peut être pénible ; sur une année ça a été je dirai, j'ai eu qu'une ou deux expériences désagréables - et oui en France je demande aussi de l'aide à mes parents parce que par contre en France on va essayer de t'arnaquer parce que tu ne connais pas. C'est d'autant plus frustrant quand y'a pas de soucis linguistiques pour moi pour le coup ! Mais c'est aussi pour ça que sur du long terme je veux être locutrice de la langue du pays où je resterai.

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